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Jeu, Fév

Jean Martial Kouamé, directeur de l’Ila

Culture

Aux ambassades et autres organisations internationales accréditées en Côte d’Ivoire qui désirent former leur personnel en français, anglais, espagnol, allemand, portugais, chinois, japonais etc, il leur demande d’avoir recours à l’Institut de Linguistique appliquée d’Abidjan.


L’Institut de linguistique appliquée d’Abidjan (Ila), et le Laboratoire de recherche en communication, langues et sciences humaines de l’Institut national polytechnique, Félix Houphouët-Boigny, (Inp-HB), de Yamoussoukro (côte d’ivoire), ont organisé, du 20 au 22 novembre 2019, dans la capitale politique et administrative ivoirienne, un Colloque international pluridisciplinaire. Autour du thème : ‘’l’enseignement-apprentissage en/des langues européennes (français, anglais, espagnol, allemand, portugais) dans les systèmes éducatifs africains : place, fonctions, défis et perspectives.
Le constat général est que dans les pays africains, l’offre linguistique actuelle est composée des langues africaines et des langues occidentales héritées de la colonisation. La quasi-totalité de ces pays, du fait de leur histoire récente, a choisi une langue européenne comme langue officielle ou co-officielle dès leur accession à l’indépendance. Pour beaucoup, ces langues occidentales correspondent aux grandes langues de communication internationale. En outre, il fallait ouvrir les
jeunes au monde et favoriser la participation du pays et de ses cadres, en particulier, à la vie globale. L’apprentissage d’une langue constitue aussi, en effet, la voie royale pour se familiariser avec la culture qu’elle véhicule et s’enrichir de ce qu’apporte nécessairement cette culture différente. C’est sans aucun doute la raison principale de leur choix comme langue officielle et leur maintien dans les différents systèmes éducatifs africains. De ce fait même, les langues européennes s’imposent en Afrique comme des médiums ou des objets d’enseignement et deviennent très déterminantes pour la réussite scolaire et la promotion sociale. Dans le même temps, la promotion des langues locales est souvent évoquée par les gouvernements africains, mais peu de pays ont une réelle politique en la matière. Or, il est de notoriété publique que ces langues font l’objet d’une appropriation difficile chez les apprenants du fait notamment de l'environnement sociolinguistique et des variétés linguistiques populaires qui, par la force des choses, se retrouvent en classe et influencent les apprentissages.

L’acquisition des savoirs dans ces langues est rendue parfois pénible en raison des réalités évoquées dans les contenus d’enseignement qui ne font pas toujours sens pour les apprenants.
Dans la communication présentant les résultats d’une enquête de terrain relative à la perception d’enseignants ivoiriens du cycle secondaire sur la question de la norme linguistique du français, Dr Vahou Kakou Marcel du Département des Sciences du langage de l’Université Félix Houphouët-Boigny, (Côte d’Ivoire), note que du cycle préscolaire jusqu’au cycle supérieur, tous les enseignements sont dispensés en français, en Côte d’Ivoire (médium exclusif). Les enseignants sont amenés à évaluer des apprenants dont les interactions verbales et non verbales subissent des influences de tous ordres y compris les interférences linguistiques avec les langues nationales et l’insécurité linguistique. Le contact du français avec les langues et les cultures ivoiriennes fait naître, selon lui, des variétés de français qui se distinguent du français standard, sur le plan formel et sur le plan fonctionnel. Enquête de terrain dans cinq établissements secondaires, publics et privés, de la commune de San Pedro (Sud-Ouest de la Côte d’Ivoire). A titre illustratif et au dire de Dr Vahou, quand le proverbe ivoirien dit en français ivoirien : ‘’je t’aime mais je me préfère’’, cela signifie en français standard : ‘’charité bien ordonnée commence par soi-même ; ‘’chien ne mange pas chien’’ (français ivoirien) : ‘’les loups ne se mangent pas entre eux’’ (français standard) ; etc. Pour l’enseignant ivoirien, ‘’ la notion de norme tend à disparaître, en raison des nombreux écarts enregistrés quotidiennement dans l’usage de la langue française par les élèves’’. Au terme de ce Colloque, Jean Martial Kouamé, directeur de l’ila et professeur en Sciences du langage, lui, fait savoir que l’objectif n’était pas de trouver, ici et maintenant, des solutions aux difficultés rencontrées dans l’enseignement-apprentissage en/des langues européennes (français, anglais, espagnol, allemand, portugais) dans les systèmes éducatifs africains.

Il aura suscité, à l’en croire, des échanges ‘’pertinents’’ et des opportunités de collaboration sur l’enseignement-apprentissage en français, en anglais, en espagnol, en allemand et en portugais en contexte africain. Sans oublier la mise en place des synergies nécessaires pour faire avancer l’enseignement-apprentissage de ces langues dans un contexte de diversité culturelle et linguistique du continent et le partage d’expertise et de connaissance dans ces domaines.  Pour lui, les chantiers de recherche et de réflexion sont désormais ouverts. Sur le niveau des apprenants qui baisseraient en Côte d’Ivoire, d’année en année, Yao…a déclaré que c’est la même ‘’rengaine’’ ressassée depuis la nuit des temps. ‘’Les époques ne sont pas les mêmes, les réalités, non plus’’, a-t-il laissé entendre. Faisant référence à la pratique de la langue de nos jours dans son pays, il explique que c’est l’école qui devrait aujourd’hui s’adapter aux nouveaux modes de communication tels les Sms (Short message…).
L’institut dont il est le responsable abat, explique-t-il, un gros travail dans le domaine de la recherche, surtout la recherche appliquée. Toutes les recherches sur les langues ces 20 dernières années doivent être ‘’dépoussiérées’’ pour être mises à jour, a-t-il informé. Ce qui nécessite, à l’en croire, d’importants moyens financiers pour lesquels il lance un appel au gouvernement ivoirien et aux partenaires d’ici et d’ailleurs. Aux ambassades et autres organisations internationales accréditées en Côte d’Ivoire qui désirent former leur personnel en français, anglais, espagnol, allemand, portugais, chinois, japonais etc, il leur demande d’avoir recours à l’Ila, situé dans l’enceinte de l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody, à Abidjan (Côte d’Ivoire).


SYLVAIN NAMOYA