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Mer, Déc

Société

Qui mieux que ces femmes, à travers leurs activités, luttent contre la pauvreté ?


Adjamé, Koumassi, Port-Bouët, Yopougon…dans le District d’Abidjan et Yamoussoukro principalement, capitale politique et administrative de la Côte d’Ivoire (à 240 km d’Abidjan), à l’intérieur du pays, les déguerpissements des populations installées sous les moyennes tensions, les trottoirs, les caniveaux, les sites inondables…, connaissent ces derniers temps, une ampleur inégalée. Avec son lot de désolation, d’amertume et de colère. Elles sont nombreuses en effet, les femmes qui disent avoir perdu leurs commerces qui leur permettaient, pourtant de nourrir leurs familles ou leurs habitations…précaires. Surtout en ces moments de fin d’année où les affaires marchent bien et par ces temps de pluie. En juillet 2018, les déguerpis du quartier abattoir de la commune balnéaire de Port-Bouët (commune d’Abidjan), après les terribles inondations qui ont fait une vingtaine de morts dans la capitale économique du pays, avaient trouvé refuge au cimetière de cette commune avec ce cri de cœur et d’alarme : ‘’ici au moins, les morts ne nous chasseront pas’’. Une situation inédite qui avait beaucoup ému les Ivoiriens, si on s’en tient aux nombreuses réactions d’indignation sur les réseaux sociaux.

Depuis des jours, les commerçantes déguerpies du marché Mo Faitai de Yamoussoukro se sont installées le long de la grande voie Yamoussoukro-Abidjan (la Nationale 3) et dans certaines rues de la commune, faute d’avoir été recasées.
Le fait est que la ville natale de Félix Houphouët-Boigny (1er Président de la Côte d’Ivoire : 1960-1993), aujourd’hui peuplée de plus de 300 000 âmes, n’a qu’un vieux marché dépassé qui date de 1973. Pour exercer leurs métiers, les commerçantes occupent depuis des années, des rues entières, les jours de marché ; comme le dimanche, au quartier 220 logements où la voie carrefour dangereux-carrefour de la paroisse de la Visitation est littéralement envahie par les étals des commerçants.
Le drame de tous ces milliers de ‘’laissés pour compte’’, est qu’ils sont chassés, comme des malpropres ; des lieux, sans une véritable mesure d’accompagnement au moment justement où le gouvernement ivoirien dit vouloir mettre l’accent (du moins selon les discours des tenants du pouvoir), sur un programme social, la lutte contre la pauvreté et l’autonomisation des femmes. Quel paradoxe ! Qui mieux que ces femmes, à travers leurs activités, luttent contre la pauvreté ou pour leur autonomisation ?

Beaucoup rappelle pourtant l’époque du Président Houphouët-Boigny qui avait fait ‘’un social hardi’’, avec de véritables logements sociaux construits par la Sicogi et la Soghefia. Des maisons à moindre coût pour les populations vulnérables.
Depuis l’avènement du Président Alassane Ouattara et les crises successives qu’a connues le pays, alors même que beaucoup d’Ivoiriens ont tout perdu, en fuyant les atrocités de la guerre et autres coups de feu, les logements sociaux annoncés, à grand renfort de publicité, pour combler en partie, les besoins de 400 000 logements annuels, sont devenus un véritable serpent de mer. Ceux qui y ont souscrit, avec leurs petites économies, ne savent plus à quel saint se vouer.
‘’Le Programme Social du Gouvernement 2019-2020, traduit la volonté du Président de la République d’accentuer la lutte contre la cherté de la vie et d’améliorer l’impact social de l’action gouvernementale sur les populations, notamment indigentes, en améliorant significativement leur pouvoir d’achat. 

Ce programme vise, plus spécifiquement, à fournir aux populations des services de santé efficients, à faciliter l’accès et le maintien à l’école, à favoriser l’accès à un coût abordable des populations aux services essentiels tels que le logement, l’énergie, l’eau potable et le transport, et à améliorer l’employabilité ainsi que l’accès à un emploi décent et stable pour les jeunes et les femmes’’, lit-on dans l’un des communiqués du Conseil des ministres. ‘’A terme, il s’agit pour le Gouvernement, avec ce programme d’un coût global de 727,5 milliards de francs CFA, de parvenir à une croissance économique qui génère un bien-être social des populations avec un service public accessible, efficace et de qualité.


Dans le cadre de la mise en œuvre du PSGouv 2019-2020, le Gouvernement prévoit, sous l’autorité du Premier Ministre, la mise en place d’un Comité de Pilotage impliquant les structures et organes gouvernementaux, les Collectivités locales, les partenaires techniques et financiers, le secteur privé et la société civile en vue d’assurer la bonne conduite du programme’’. On pourrait dire : applaudissements !!! sauf qu’il s’agit de vies humaines !
Pour ce qui est des logements sociaux, l’objectif, avance-t-on, est de ‘’soulager les populations confrontées à un déficit criant de 400.000 logements par an’’. Pour ce faire ‘’le gouvernement a lancé un programme de logements sociaux de 75.000 logements à Songon, dans la périphérie d’Abidjan, sur la route de Dabou ; ce, pour permettre de juguler les effets de la forte croissance démographique et remédier aux effets du sous-investissement dans ce secteur’’.  Ce projet, explique-t-on, entre dans ‘’le cadre général du programme présidentiel de construction de logements sociaux et économiques mis en œuvre au profit des populations les plus démunies’’. Ledit projet a été confié à 25 promoteurs qui ont à charge de construire chacun, 3000 logements sur le site de 439 hectares de Songon. On attend toujours…

Jean Michael