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Lun, Mar

Société

Consciente de son rôle historique et de sa responsabilité sociétale, l’église catholique de Côte d’Ivoire ne veut plus se contenter de communiqués laconiques du ni neutre ni partisan.
L’Aumônerie de l’Office diocésain de la pastorale des jeunes d’Abidjan (Odpja) et l’Association des femmes de l’église catholique (Afec), du diocèse d’Abidjan, ont obtenu de l’Archevêque de la capitale économique ivoirienne, Mgr Jean-Pierre Cardinal Kutwa, l’organisation d’une marche dénommée ‘’Allons à la paix’’.

Qui se déroulera, selon le courrier adressé aux curés des paroisses de l’Archidiocèse d’Abidjan ; dont www.cotedivoire-today.net  a reçu copie, le samedi 15 février 2020 de 08h à 13h. Cette marche pacifique qui partira de la place de la République à la Cathédrale Saint Paul d’Abidjan-plateau et qui va mobiliser, au bas mot 20 000 chrétiens catholiques,‘’sera pour tous les jeunes et les femmes qui y prendront part, une occasion de sensibiliser à la paix et de prier pour des élections apaisées dans notre pays’’, note le courrier. Une première en Côte d’Ivoire !

Consciente de son rôle historique et de sa responsabilité sociétale, l’église catholique de Côte d’Ivoire dont on dit qu’elle pèse 40% des 20 millions d’habitants, ne veut plus se contenter de communiqués laconiques du ni neutre ni partisan dont elle se gausse depuis bien d’années. A l’instar de l’église catholique de la République démocratique du Congo de Joseph Désiré Kabila, qui a pris une part considérable dans le processus électoral du pays. Certainement que l’arrivée du nouveau Nonce apostolique Mgr Paolo Borgia y est pour quelque chose. A peine a-t-il présenté ses lettres de créance au N°1 ivoirien, que celui-ci a déclaré, au nom du Corps diplomatique, à la cérémonie de présentation de vœux et en regardant le Président ivoirien, Alassane Ouattara, droit dans les yeux : ‘’tous les acteurs et partenaires électoraux devraient participer au travail de la Commission électorale indépendante, conformément à la Constitution et aux standards internationaux en matière d’élections. Cela contribuera, sans aucun doute, à ce que tous se reconnaissent dans le résultat et soient prêts à collaborer avec le nouveau chef d’État légitimé par les urne’’.

Réunis en Assemblée plénière au Centre Notre Dame du Rosaire de Lataha dans l’archidiocèse de Korhogo, dans le nord du pays, les évêques catholiques de Côte d’Ivoire ont dénoncé, le 19 janvier dernier, les nombreux obstacles qui se dressent sur le chemin de la réconciliation, dont celui, ‘’fondamental’’ du manque de volonté ‘’sincère des antagonistes’’. Sans oublier la partialité de la Commission électorale indépendante (Cei). ‘’Comme toute compétition, les élections ont besoin d’un arbitre. De la position de l’arbitre dépend le bon déroulement de la compétition. Si l’arbitre est à la fois "joueur et arbitre", la fin de la compétition est déjà connue. Par contre, si l’arbitre n’est qu’arbitre, avec une indépendance qui ne souffre d’aucun doute, la compétition se termine paisiblement. Voilà pourquoi le rôle d’arbitre dévolu à la Cei exige son indépendance totale’’, ont-ils fait remarquer. Un communiqué qui ne semble pas du goût du pouvoir qui a lâché ‘’ses chiens de garde’’, à travers la presse qui lui est proche.

Le journal l’Expression, financé par la Primature ivoirienne, avait barré sa ‘’une’’, le 22 janvier 2020 : ‘’critiques acerbes contre Ouattara et le Rhdp : les Evêques prennent la tête de l’opposition ivoirienne’’. Même son de cloche sur les Réseaux sociaux où l’église catholique est brocardée et traitée de proche des partis de l’opposition par les partisans d’Alassane Ouattara et de son gouvernement. Le gouvernement lui-même est monté au créneau à travers son porte-parole, Sidi Tiémoko Touré qui fait savoir que le gouvernement ivoirien a fait ‘’beaucoup’’ pour la réconciliation nationale, la consolidation de la paix et la cohésion sociale. "Aujourd’hui, notre pays est en paix et en sécurité. L’implication des chefs religieux a été d’ailleurs d’une importance capitale à cet effet", soutient-il. Avant de rappeler aux évêques que "les enjeux actuels" appellent que les prises de position soient ‘’mesurées’’.
 
La marche pacifique de l’église catholique d’Abidjan est annoncée au moment où le climat socio-politique se désagrège dangereusement. Chaque jour, un peu plus et la tension perceptible, depuis l’annonce par le Procureur de la République, Adou Richard, d’un mandat d’arrêt international contre Guillaume Soro, ancien Premier ministre et ex-Président de l’Assemblée nationale. L’ancien chef rebelle est poursuivi par l’Etat ivoirien pour « tentative d'atteinte à l’autorité de l'État et à l’intégrité du territoire national, détournement de deniers publics, recel et blanchiment de capitaux portant sur la somme de 1,5 milliard de francs Cfa »
Le 20 janvier dernier, le Bureau de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, composé de députés du Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp, au pouvoir), à la demande du Groupe parlementaire Rhdp, a levé l’immunité parlementaire de Guillaume Soro et de cinq députés (déjà incarcérés) qui lui sont proches. Pour l’opposition parlementaire, au regard des dispositions des articles du règlement régissant l’immunité parlementaire, seul le parquet, autorité de poursuite judiciaire, peut demander l’autorisation de poursuite ou d’arrêter un parlementaire.
 
Omer Tiassoubia